Sciences : rendre le sang toxique pour éliminer les moustiques porteurs de paludisme


Afin de lutter contre la propagation du Plasmodium falciparum, un traitement sanguin de masse est envisagé pour tuer les moustiques au moment-même de la piqûre.

En 1989, des chercheurs russes découvrent que la molécule médicamenteuse de l’ivermectine, lorsqu’elle est présente dans le sang, peut tuer une certaine espèce de moustiques, porteuse de la bactérie Plasmodium falciparum à l’origine du paludisme. L’ivermectine est originellement un médicament préconisé dans les traitements contre la cécité des rivières, la filariose lymphatique ou encore la gale.

Les recherches de l’équipe russe ne vont pas beaucoup plus loin et se retrouvent laissées-pour-compte à la faveur de la recherche vaccinale. En 2011, le sujet refait surface lorsqu’une étude montre qu’au Sénégal le niveau d’infection au Plasmodium falciparum faiblit lorsque la population a été traitée à l’ivermectine pour d’autres pathologies.

La molécule se révèle ainsi toxique pour l’anophèle, sous-famille de moustiques responsable de la transmission du parasite. Suite à différentes observations, il apparaît que lorsque la molécule est diluée dans le sang, le moustique meurt en piquant les sujets avant transmission de la bactérie. Ces résultats sont avancés pour proposer un traitement de masse sur plusieurs populations dans des régions considérées à risque, comme dans les zones tropicales d’Afrique où 90 % des cas de paludisme sont recensés.

« Les personnes traitées ne sont pas personnellement protégées. En revanche, ce traitement de masse a un effet globalement protecteur sur la population : il réduit la transmission du moustique à l’Homme dans toute une région » explique le docteur Marc Thellier, du Centre national de référence du paludisme en France.

Cependant, des interrogations restent en suspens : l’efficience du traitement peut effectivement varier en fonction des régions du monde et des spécimens d’anophèles endémiques. La famille des anophèles regroupe 464 espèces de moustiques dont 68 sont des agents de transmission du paludisme, laissant place de nombreux types de réactions à la molécule. Par ailleurs, si l’on sait que l’effet de l’ivermectine disparaît au bout de quelques semaines, on ne sait en revanche pas quelle posologie adoptée pour que cela reste sans danger pour la santé.


Pays concernés par le paludisme (malaria)

PHOTOGRAPHIE DE PERCHERIE / CHU DE ROUEN -- Src: nationalgeographic.fr

Face aux incertitudes sur de nombreux facteurs, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ne recommande pas encore l’utilisation de l’ivermectine. En revanche, dans le cadre d’un traitement de masse, l’OMS préconise l’utilisation de la primaquine, utilisée pour prévenir la résurgence de la maladie en détruisant les cellules porteuses et dormantes présentes dans le foie. Ce traitement reste principalement utilisé en Asie du sud-est.

Cependant, le développement de ces différents traitements dits de masse fait s’élever des voix soulevant la question de l’éthique : est-il vraiment justifiable d’administrer un traitement à des milliers de personnes alors qu’elles n’en n’ont pas un besoin direct ?

Selon l’Institut Pasteur, le paludisme représente environ 500 millions de cas cliniques par an, dont un million mènent à un décès. S’il n’y a, à ce jour, aucun vaccin mis en circulation auprès du grand public, des chercheurs ont mené des tests sur un nouveau vaccin appelé PFSPZ. Ce nouveau vaccin est testé depuis deux ans au Mali et au Burkina Faso sur des populations âgées de 20 à 40 ans. Il est pour le moment décrit comme « fiable à 38 % » par les chercheurs mais n’en est qu’à la deuxième des quatre étapes nécessaires à sa validation pour l’exploitation auprès du grand public.


 

 

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