Les hommes surestiment leur intelligence, contrairement aux femmes


L’intelligence est-elle une affaire de genre ? Les sciences sont-elles l’apanage des hommes ? Ces stéréotypes ont la vie dure et une étude sans précédent compte bien expliquer pourquoi, en mettant en lumière des complexes d’infériorité et de supériorité illusoires, affectant respectivement les femmes et les hommes. On ne cesse de marteler que les femmes ont autant leur place dans les études et carrières scientifiques que les hommes. Mais le message a encore du mal à rentrer dans les esprits. Il semblerait que même les femmes peinent à y croire. Car, certes, les aptitudes intellectuelles ne dépendent pas du genre, mais la perception que l’on en a si, d’après des chercheurs à l’université d’Arizona.

À travers des sondages, les chercheurs ont étudié comment des étudiants à l’université percevaient leurs capacités intellectuelles. Évitant les mathématiques, la physique et les sciences de l’ingénieur, classiquement étiquetées comme des mondes d’hommes, ils ont investi à dessein une classe de biologie, car cette discipline paraît plus accueillante pour les femmes. D’ailleurs, sur les 202 étudiants consultés par les chercheurs, 130 étaient des femmes.

Ce que les chercheurs ont trouvé est affligeant. Les sondages révèlent que les étudiantes sont davantage susceptibles de souffrir d’un manque de confiance en leurs aptitudes que leurs confrères, et ce même si elles obtiennent d’excellentes notes. Ainsi, à moyenne égale – soit 3,3 sur 4 GPA, selon le système de notation américain – les hommes s’estiment plus intelligents que 66 % des étudiants de la classe, alors que les femmes se jugent meilleures que 54 % des étudiants seulement.

« Cette étude montre que les femmes ont davantage tendance à penser qu’elles sont moins douées que les autres étudiants », déclare Sara Brownell, coauteur de la recherche, publiée dans le journal Advances in Physiology Education. Cette erreur de perception pourrait impacter les choix d’orientation et de carrière des étudiantes. Se pensant insuffisamment intelligentes, elles risquent d’abandonner le cursus scientifique.

Cet état d’esprit est sans doute enraciné dans les étudiantes depuis qu’elles ont commencé leurs études, il pourrait d’ailleurs être alimenté par les stéréotypes selon lesquels les disciplines scientifiques sont réservées aux hommes, créant une sorte de cercle vicieux. Ce phénomène expliquerait donc, au moins en partie, pourquoi les femmes restent encore sous-représentées en science.


La biologie est considérée comme une discipline scientifique plus ouverte aux femmes. Pourtant, ces dernières restent mal à l’aise et s’estiment moins intelligentes que les étudiants masculins. © wikimedia commons Olivier Epron CC BY-SA 3.0)

Puis, les étudiants ont jugé leurs performances par rapport à leurs plus proches camarades, à savoir ceux avec lesquels ils travaillent régulièrement en binôme. À nouveau, les hommes ont montré une plus grande confiance en eux : ils sont trois fois plus enclins que les étudiantes à se juger supérieurs à leur binôme habituel, que ce dernier soit un homme ou une femme.

Cet écart se ressent également dans la prise de parole. Les étudiants qui se pensent plus intelligents que leur binôme participent trois fois plus en classe. Par contre, les étudiants qui déprécient leurs facultés participent moins, de peur d’être jugés stupides ou de ne pas réussir à s’exprimer correctement. Or, le manque de participation peut à son tour avoir des conséquences négatives sur l’apprentissage et empirer les performances des étudiants.

Si le cours magistral pose problème, puisque les étudiantes n’osent pas participer, la pédagogie active, en vogue actuellement, pourrait aussi aggraver les choses. D’après les chercheurs, ce modèle, qui favorise les interactions entre étudiants en classe, peut pousser ceux-ci à se comparer les uns les autres et conduire justement à une évaluation erronée des performances intellectuelles chez certains étudiants. Ils estiment qu’il faudrait, par exemple, revoir les modalités du travail en groupe, afin d’assurer une prise de parole équitable.


 

 

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